À Madère, certaines randonnées donnent l’impression de pénétrer dans un monde resté à l’écart du temps. Le PR 6 – Levada das 25 Fontes e Levada do Risco est de celles-là. Dans la vallée de Rabaçal, l’eau court sur les pentes, disparaît sous les fougères et ressurgit en cascades, tandis que la forêt semble retenir son souffle autour des marcheurs.
Cette randonnée est l’une des plus célèbres de l’île, et sa réputation n’est pas usurpée. Elle permet de découvrir en une seule sortie la Levada das 25 Fontes, la cascade de Risco et les paysages luxuriants de la forêt de Laurissilva, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO. Mais sa popularité implique aussi de bien préparer sa visite, notamment pour éviter les heures les plus fréquentées.
Le PR6 en quelques chiffres
Le parcours principal commence à Rabaçal, dans la commune de Calheta, et suit d’anciennes levadas, ces ingénieux canaux d’irrigation qui sillonnent Madère depuis des siècles. La randonnée se déroule à une altitude modérée, dans une atmosphère souvent fraîche et humide, très différente de celle du littoral.
- Point de départ : parking ou accès de Rabaçal, sur la route régionale ER105 ;
- Distance : environ 8 à 9 kilomètres aller-retour selon les variantes et le passage par les deux cascades ;
- Durée : entre 3 et 4 heures en prenant le temps de photographier et de s’arrêter ;
- Difficulté : moyenne, avec de nombreux escaliers et quelques passages étroits ;
- Dénivelé : modéré, mais les remontées finales peuvent sembler longues après plusieurs heures de marche ;
- Altitude : autour de 900 à 1 000 mètres ;
- Type de parcours : aller-retour sur un itinéraire balisé.
Les chiffres varient légèrement selon le point où l’on commence réellement à marcher et selon que l’on visite d’abord Risco ou les 25 Fontes. Ce qui ne change pas, c’est la beauté du chemin et cette sensation très particulière de marcher au cœur d’une île qui semble couverte de jardins sauvages.
Comment rejoindre Rabaçal ?
Depuis Funchal, comptez généralement entre 1 heure et 1 heure 30 de route, selon la circulation et votre lieu de départ. L’itinéraire passe par la voie rapide en direction de Ribeira Brava, puis remonte vers la montagne par des routes plus sinueuses. Depuis Calheta ou Ponta do Sol, le trajet est plus court.
Le départ officiel se situe à proximité de l’ER105. Un parking est disponible près de Rabaçal, mais les places sont limitées et très convoitées, surtout en haute saison. Une navette relie habituellement le parking supérieur au début du sentier, sur une portion de route assez pentue. Le service peut être payant et ses horaires sont susceptibles de changer.
Certains visiteurs choisissent de descendre à pied jusqu’au début du sentier. Cette descente est agréable à l’aller, mais elle ajoute plusieurs kilomètres de bitume au parcours. Au retour, lorsque les jambes commencent à protester, la pente paraît soudain beaucoup moins poétique.
Avant de partir, vérifiez toujours l’état du parcours et les éventuelles restrictions sur les canaux officiels de randonnée de Madère. Les sentiers peuvent être fermés après des pluies importantes, des chutes de pierres ou des travaux de sécurisation. À Madère, la montagne décide parfois du programme avec plus d’autorité que n’importe quel guide.
Le début du sentier à travers la forêt
Après avoir rejoint Rabaçal, le chemin s’enfonce rapidement dans une végétation abondante. La forêt de Laurissilva enveloppe le sentier de troncs moussus, de lauriers, de bruyères arborescentes et de fougères qui semblent agrandir leurs frondes à chaque averse. L’air est plus frais qu’au bord de l’océan, chargé d’une odeur de terre humide et de feuilles froissées.
Le PR6 suit les canaux d’irrigation avec une régularité presque hypnotique. À certains endroits, la levada paraît suspendue au-dessus du vide. Les parois sont protégées par des garde-corps, mais il reste important de marcher avec attention, surtout lorsque le sol est mouillé ou couvert de feuilles.
Le sentier n’est pas particulièrement technique, mais il demande de la concentration. On rencontre des escaliers irréguliers, des passages étroits et des zones parfois glissantes. De bonnes chaussures de randonnée sont indispensables. Les baskets à semelles lisses peuvent rapidement devenir des patins improvisés.
La levada das 25 Fontes
La levada das 25 Fontes est la partie la plus emblématique du parcours. Son nom fait référence aux nombreuses sources et petites cascades qui ruissellent sur la paroi rocheuse au bout du sentier. En réalité, le nombre exact de filets d’eau dépend de la saison et des précipitations. Après une période humide, le mur semble couvert de veines argentées ; pendant les mois plus secs, certaines sources se font plus discrètes.
Le chemin se resserre à l’approche du bassin. Les visiteurs avancent lentement, appareil photo en main, tandis que l’eau tombe en fines lignes depuis la végétation suspendue. Le site est magnifique, mais il est aussi très fréquenté. À certains moments de la journée, l’espace autour de la cascade devient étroit et les croisements demandent un peu de patience.
Le bassin invite parfois à la baignade, mais l’eau est froide, les rochers peuvent être glissants et les conditions ne sont pas toujours sûres. Il vaut mieux admirer les 25 Fontes depuis le sentier, à moins que la baignade soit explicitement autorisée et que les conditions soient favorables. Une photo réussie ne mérite jamais une cheville foulée.
La cascade de Risco, une halte spectaculaire
La cascade de Risco se trouve sur une variante proche de l’itinéraire principal. Elle se précipite depuis une haute paroi sombre, en un long ruban blanc qui contraste avec le vert profond de la forêt. Le débit varie selon la météo, mais même lorsque l’eau est moins abondante, la verticalité du site impressionne.
Le détour vers Risco est généralement plus court et plus accessible que celui des 25 Fontes. Un point de vue permet d’observer la cascade à distance, dans un décor de roches volcaniques et de végétation dense. Le grondement de l’eau arrive par vagues, parfois couvert par les conversations, parfois dominant tout le paysage.
Il est possible de visiter Risco et les 25 Fontes dans le même parcours. Une bonne option consiste à commencer par Risco, puis à poursuivre vers les 25 Fontes avant de revenir sur ses pas. D’autres préfèrent garder la cascade pour la fin, comme une dernière apparition avant le retour à Rabaçal. Dans les deux cas, prévoyez suffisamment de temps : les distances annoncées sur les panneaux ne tiennent pas compte des arrêts, des photos ni des petites hésitations aux embranchements.
Quel est le meilleur moment pour faire le PR6 ?
La randonnée est praticable une grande partie de l’année, mais les conditions changent rapidement en altitude. Le matin est souvent le meilleur moment : la lumière est douce, les températures plus agréables et l’affluence encore limitée. En arrivant tôt, vous aurez également davantage de chances de trouver une place au parking.
Les jours de semaine sont généralement plus calmes que les week-ends. Évitez, si possible, les heures centrales de la journée, surtout pendant les vacances et les mois d’été. La brume peut apparaître sans prévenir ; elle donne au paysage une allure mystérieuse, mais réduit parfois la visibilité et rend les pierres plus glissantes.
Consultez la météo locale avant de partir, en privilégiant les prévisions de Rabaçal ou de Paul da Serra plutôt que celles de Funchal. Le ciel bleu de la côte ne garantit absolument pas le soleil dans la montagne. C’est l’un des petits tours de magie de Madère : partir en short à Funchal et rencontrer l’automne une heure plus tard.
Que faut-il emporter ?
Le PR6 ne nécessite pas de matériel d’alpinisme, mais une préparation sérieuse améliore largement l’expérience. La forêt offre de l’ombre, sans pour autant protéger complètement de la pluie. Les averses peuvent être brèves et intenses.
- des chaussures de randonnée avec une bonne adhérence ;
- un vêtement imperméable ou une veste coupe-vent ;
- une couche chaude, surtout en hiver ou par temps couvert ;
- au moins un litre d’eau par personne ;
- un en-cas énergétique, car il n’y a pas de véritable commerce sur le sentier ;
- une petite lampe, utile dans les passages sombres ou en cas de retour tardif ;
- un téléphone chargé et, si possible, une batterie externe ;
- un sac permettant de rapporter ses déchets.
Les bâtons de marche peuvent être utiles dans les escaliers et sur les portions glissantes. Évitez cependant de les utiliser de manière brusque près des autres randonneurs, car certains passages sont étroits. Quant au drone, il est préférable de se renseigner sur les règles locales et les zones protégées avant de l’emporter.
Conseils de sécurité sur la levada
Les levadas sont anciennes et leur tracé épouse parfois des reliefs abrupts. Même lorsque le sentier semble facile, ne vous approchez pas du bord pour prendre une photographie. Restez derrière les barrières et respectez les éventuelles zones fermées. Les pierres mouillées, les racines et les mousses peuvent être traîtresses.
Si vous souffrez de vertige, certains passages peuvent vous impressionner. Il n’est pas nécessaire de se presser : laissez passer les personnes qui arrivent en sens inverse, gardez une distance raisonnable et avancez à votre rythme. Les enfants doivent rester sous surveillance constante, particulièrement près des canaux et des escaliers.
En cas de pluie abondante, de brouillard épais ou de vent fort, renoncez à poursuivre si le parcours vous paraît dangereux. Madère possède de nombreux sentiers magnifiques ; aucun ne mérite de prendre un risque inconsidéré. Informez également une personne de votre itinéraire et de l’heure prévue de retour.
Après la randonnée : prolonger l’escapade
Après le PR6, la côte sud-ouest offre plusieurs possibilités pour reprendre des forces. Calheta est connue pour sa plage artificielle, son port et ses paysages agricoles. Vous pouvez aussi poursuivre vers Ponta do Sol, petit village lumineux accroché à la côte, ou vous arrêter dans un café pour goûter une poncha et quelques spécialités locales.
La randonnée ouvre l’appétit. Une soupe maison, un bolo do caco garni ou un plat de poisson grillé prennent une saveur particulière après plusieurs heures passées dans l’humidité de la forêt. À Madère, les repas ont souvent le goût du paysage traversé : simple, généreux et un peu salé par le vent de l’Atlantique.
Les erreurs à éviter sur le PR6
- partir sans vérifier l’ouverture officielle du sentier ;
- se fier uniquement à la météo de Funchal ;
- porter des chaussures peu adhérentes ;
- sous-estimer la durée du retour ;
- arriver tard sans anticiper le manque de stationnement ;
- bloquer les passages étroits pour prendre des photos ;
- quitter le sentier balisé pour chercher un meilleur point de vue ;
- laisser des déchets ou du plastique près des sources.
Le PR6 est populaire parce qu’il rassemble, sur quelques kilomètres, plusieurs visages de Madère : l’ingéniosité des levadas, la force de l’eau, la profondeur de la Laurissilva et cette lumière changeante qui transforme chaque détour. En avançant lentement, loin de la simple course aux cascades, on entend mieux le murmure des canaux et le froissement des feuilles.
Lorsque vous quitterez Rabaçal, les chaussures humides et les jambes un peu lourdes, il restera peut-être dans votre mémoire le bruit d’une eau invisible sous les fougères. C’est souvent ainsi que Madère s’attache à nous : non par de grands discours, mais par une sensation précise, presque intime, qui revient longtemps après le voyage.
