À plus de 1 000 mètres d’altitude, dans les montagnes des Pics d’Europe, les lacs de Covadonga apparaissent comme deux miroirs posés entre les pâturages et les sommets. Lacs glaciaires, brume légère, cloches des vaches et sentiers bordés de genêts : le décor semble presque trop parfait pour être réel. Pourtant, il suffit de quelques pas pour comprendre que la beauté des Asturies n’a rien de figé. Ici, le temps change vite, les nuages s’accrochent aux crêtes et les paysages se transforment en quelques minutes.
Les lacs de Covadonga, ou Lagos de Covadonga, se trouvent au cœur du parc national des Pics d’Europe, dans la principauté des Asturies, au nord de l’Espagne. Ils constituent l’une des excursions les plus célèbres de la région, mais aussi l’un des meilleurs points de départ pour découvrir une montagne vivante, pastorale et profondément liée à l’histoire asturienne.
Les lacs de Covadonga, deux joyaux au cœur des Pics d’Europe
Le site est formé principalement de deux lacs : le lac Enol et le lac Ercina. Un troisième petit plan d’eau, le lac Bricial, peut apparaître après de fortes pluies ou pendant la fonte des neiges, mais il reste intermittent.
Le lac Enol est le plus vaste et le premier que l’on rencontre en arrivant par la route. Ses eaux prennent des teintes changeantes selon la lumière : bleu profond sous un ciel dégagé, vert sombre lorsque les nuages descendent des sommets. Une petite chapelle dédiée à la Vierge de Covadonga se trouve immergée dans ses eaux et est parfois visible lors de certaines cérémonies particulières.
Plus haut, le lac Ercina offre une atmosphère différente. Plus petit, entouré de prairies et de reliefs calcaires, il paraît plus sauvage. Les vaches y paissent souvent en liberté, indifférentes aux visiteurs qui s’arrêtent pour les photographier. Elles possèdent cette tranquillité majestueuse des habitantes légitimes des lieux. On se sent presque en visite chez elles.
Autour des lacs, les paysages racontent une autre histoire de l’Espagne : celle des bergers, des pâturages d’altitude et des fromages fabriqués dans les majadas, ces anciens abris pastoraux dispersés dans la montagne. Le célèbre fromage de Cabrales, produit dans les environs, porte en lui ce même caractère puissant et minéral.
Comment se rendre aux lacs de Covadonga
Les lacs se situent à environ 12 kilomètres du sanctuaire de Covadonga et à une vingtaine de kilomètres de Cangas de Onís. La route qui monte vers eux est étroite, sinueuse et spectaculaire. Elle traverse des forêts, longe des falaises et offre parfois des vues impressionnantes sur les vallées.
En voiture, l’accès est généralement possible en dehors des périodes de forte affluence. Toutefois, durant les vacances, les week-ends très fréquentés et certaines dates estivales, la circulation des véhicules privés peut être restreinte afin de protéger le parc et d’éviter les embouteillages en altitude.
Des bus et navettes officielles relient alors les parkings situés en contrebas au sanctuaire et aux lacs. Les conditions changent selon les années et les périodes : il est donc préférable de vérifier les horaires, les points de départ et les règles d’accès avant votre excursion, notamment auprès des offices de tourisme des Asturies ou du parc national.
- Depuis Cangas de Onís, comptez environ 30 à 40 minutes en voiture jusqu’au sanctuaire de Covadonga, puis une vingtaine de minutes supplémentaires jusqu’aux lacs, selon la circulation.
- En haute saison, arrivez tôt si vous souhaitez trouver une place dans les parkings autorisés.
- Si l’accès en voiture est fermé, utilisez les bus officiels plutôt que de tenter de monter à pied depuis le bas : la route est longue et peu adaptée aux piétons.
- Les chiens doivent être tenus en laisse dans les zones où la réglementation du parc l’exige.
La montée en bus constitue une expérience à part entière. À chaque virage, le paysage s’ouvre puis disparaît derrière un rideau de hêtres. Certains passagers se taisent, d’autres retiennent leur souffle dans les passages les plus étroits. La montagne a parfois le chic pour imposer le silence sans demander la permission.
La petite randonnée circulaire autour des lacs
Pour une première découverte, l’itinéraire circulaire des lacs est le choix le plus accessible. Il permet de relier les principaux points d’intérêt sans entreprendre une randonnée trop longue. Le parcours fait généralement entre 5 et 6 kilomètres, selon les variantes suivies, avec un dénivelé modéré.
Le départ peut se faire près du parking du lac Enol. Depuis les rives, le sentier monte doucement vers le mirador de Entrelagos, situé entre les deux lacs. Comme son nom l’indique, ce point de vue offre une perspective intéressante sur le lac Enol d’un côté et le lac Ercina de l’autre.
Le chemin rejoint ensuite le lac Ercina avant de traverser des zones de pâturage et de petites formations rocheuses. Plusieurs panneaux expliquent la géologie du massif, la vie pastorale et la faune du parc. La randonnée se poursuit vers la vega de Enol, une vaste prairie d’altitude où les vaches et les chevaux composent parfois une scène digne d’un tableau ancien.
Selon le rythme et les pauses, prévoyez entre deux et trois heures. Les marcheurs habitués pourront parcourir le circuit plus rapidement, mais ce serait dommage de transformer cette balade en course contre la montre. Les lacs changent d’apparence avec les nuages, et les meilleurs moments sont souvent ceux où l’on s’arrête sans raison précise.
- Distance : environ 5 à 6 kilomètres pour la boucle classique.
- Durée : 2 à 3 heures avec les pauses et les arrêts aux belvédères.
- Difficulté : facile à modérée, avec quelques passages irréguliers.
- Altitude : autour de 1 000 à 1 100 mètres.
- Balisage : généralement visible, mais une carte ou une application de randonnée reste utile.
Une randonnée plus longue vers la Vega de Ario
Les lacs de Covadonga sont aussi le point de départ de randonnées plus exigeantes. La montée vers la Vega de Ario est l’un des itinéraires les plus réputés du secteur. Elle permet de s’enfoncer davantage dans les Pics d’Europe et d’atteindre un belvédère remarquable sur le massif central.
Cette randonnée demande toutefois une bonne condition physique. Le parcours aller-retour peut dépasser 15 kilomètres et comporte un dénivelé important. Le sentier traverse des paysages calcaires, des prairies d’altitude et des zones parfois dépourvues d’ombre. Par temps clair, les panoramas sont grandioses ; par brouillard, l’orientation devient nettement plus délicate.
La montagne asturienne est généreuse, mais elle ne promet rien. Une journée commencée sous le soleil peut rapidement se couvrir. Pour les itinéraires longs, partez tôt, consultez la météo et emportez une carte fiable. Le réseau téléphonique peut être irrégulier, et les secours ne remplacent jamais une préparation sérieuse.
- Prévoyez au moins 5 à 7 heures pour un aller-retour confortable vers la Vega de Ario.
- Emportez suffisamment d’eau : les sources ne sont pas toujours accessibles ou potables.
- Portez des chaussures de randonnée avec une bonne adhérence.
- Évitez de partir seul si vous ne connaissez pas le massif.
- Renoncez si le brouillard devient dense ou si les conditions météorologiques se dégradent.
Le meilleur moment pour visiter les lacs
Chaque saison possède son visage. Au printemps, les prairies retrouvent leur couleur et les fleurs ponctuent les pentes de petites touches délicates. La fonte des neiges peut gonfler les ruisseaux et faire apparaître le lac Bricial. Les températures restent néanmoins fraîches, surtout le matin.
L’été offre les journées les plus longues et les conditions les plus favorables pour marcher. C’est aussi la période la plus fréquentée. En juillet et en août, les lacs peuvent accueillir de nombreux visiteurs, notamment en milieu de journée. Pour retrouver un peu de calme, arrivez tôt ou choisissez la fin de l’après-midi, en vérifiant les horaires de retour des navettes et les restrictions d’accès.
L’automne est peut-être la saison la plus émouvante. Les hêtres prennent des teintes dorées et cuivrées, les brumes s’attardent dans les vallées et les montagnes semblent plus solennelles. Il faut cependant accepter une météo changeante et des journées plus courtes.
En hiver, la neige peut rendre la route impraticable et les itinéraires difficiles. Les lacs prennent alors une beauté austère, mais cette période s’adresse surtout aux randonneurs expérimentés, équipés pour la haute montagne. Pour une première visite, la fin du printemps, l’été ou le début de l’automne restent les choix les plus simples.
Que prévoir dans son sac
La proximité de la mer ne doit pas tromper : aux lacs de Covadonga, le climat est montagnard. Même en été, une veste chaude peut être nécessaire. Le vent se lève rapidement et la température baisse dès que les nuages s’installent.
- Une veste imperméable et une couche chaude, même par beau temps.
- Des chaussures adaptées aux chemins caillouteux et parfois boueux.
- De l’eau et un pique-nique, car l’offre de restauration est limitée autour des lacs.
- Une protection solaire, des lunettes et un chapeau.
- Une carte papier ou une application utilisable hors ligne.
- Un sac permettant de rapporter ses déchets.
Le pique-nique prend ici une saveur particulière. Un morceau de pain, quelques tranches de fromage asturien et une pomme achetée au marché de Cangas de Onís suffisent souvent. Il n’est pas nécessaire de composer un banquet : face aux sommets, même un repas simple devient un souvenir.
Le sanctuaire de Covadonga et la dimension historique du site
Avant ou après les lacs, prenez le temps de visiter le sanctuaire de Covadonga, installé dans un vallon spectaculaire. La basilique, construite en pierre et en granit, domine le paysage avec une présence presque austère. Un peu plus bas, la Sainte Grotte abrite la statue de la Vierge de Covadonga, figure majeure de la tradition asturienne.
Covadonga occupe également une place importante dans l’histoire de la péninsule Ibérique. La bataille de Covadonga, traditionnellement datée de 722, est associée au début de la Reconquête chrétienne menée par le roi Pelayo. Les récits historiques et légendaires se mêlent ici depuis des siècles, comme souvent dans les lieux où la mémoire collective a eu le temps de s’enraciner.
La visite du sanctuaire peut se faire en une à deux heures. Elle complète agréablement la découverte des lacs : en bas, la pierre, les cloches et les pèlerinages ; en haut, les pâturages, le vent et les horizons ouverts. Deux paysages différents, mais liés par la même montagne.
Les erreurs à éviter
La première consiste à venir sans vérifier les restrictions de circulation. Beaucoup de visiteurs découvrent seulement sur place qu’ils ne peuvent pas monter en voiture pendant certaines périodes. La seconde est de sous-estimer la météo. Un ciel bleu au départ ne garantit pas une journée sèche sur les crêtes.
Évitez également de sortir des sentiers pour vous approcher des zones fragiles ou des animaux. Les pâturages sont des espaces de travail, pas seulement des décors pour photographies. Gardez vos distances avec les vaches, ne les nourrissez pas et laissez les barrières dans leur position initiale.
Enfin, ne limitez pas votre visite à une photographie prise près du parking. Le charme des lacs commence vraiment lorsque l’on marche quelques minutes, lorsque les conversations s’éloignent et que le paysage reprend toute sa place. Même une boucle courte suffit pour ressentir cette impression si particulière : celle d’être arrivé dans un endroit qui existait avant nous et continuera de vivre après notre départ.
Prolonger l’escapade dans les Asturies
Les lacs de Covadonga se visitent facilement depuis Cangas de Onís, ancienne capitale du royaume des Asturies. La ville mérite une halte pour son célèbre pont romain, ses petites rues et son marché dominical, où l’on trouve souvent des produits locaux, du miel, des charcuteries et des fromages.
Depuis Cangas, il est aussi possible de rejoindre les villages de montagne, les gorges du Sella ou la côte asturienne. En moins d’une heure, le décor change complètement : aux falaises calcaires succèdent les plages sauvages, les ports de pêche et les maisons colorées. C’est peut-être cela, le charme des Asturies : la mer et la montagne ne semblent jamais très éloignées, comme deux voisins qui se connaissent depuis toujours.
Aux lacs de Covadonga, on vient pour les paysages. On repart avec davantage : le souvenir d’une route suspendue au-dessus des vallées, le son discret des cloches dans les pâturages, une odeur de terre humide et cette lumière du nord qui donne aux montagnes une beauté presque mélancolique.
