À Madère, certains lieux ne se donnent pas au premier regard. Il faut les rejoindre par un sentier escarpé, descendre quelques centaines de marches et accepter de laisser la route derrière soi. Le Calhau da Lapa, sur la côte sud de l’île, appartient à cette famille de refuges discrets. Niché au pied des falaises de Campanário, dans la commune de Ribeira Brava, ce petit coin de littoral semble avoir été oublié par le temps.
En contrebas, l’océan Atlantique vient frapper les galets noirs, les anciennes maisons de pêcheurs s’accrochent à la roche et les falaises volcaniques ferment doucement l’horizon. On y vient pour se baigner, marcher, observer les oiseaux marins ou simplement écouter le ressac loin de l’agitation des stations balnéaires. Voici tout ce qu’il faut savoir pour découvrir le Calhau da Lapa dans les meilleures conditions.
Le Calhau da Lapa, un refuge au pied des falaises
Le nom de Calhau da Lapa désigne une petite crique située à Campanário, à quelques kilomètres de Ribeira Brava. En portugais, calhau évoque un rivage de pierres ou de galets. Le paysage porte bien son nom : ici, pas de longue plage de sable doré, mais une grève sombre, modelée par les éruptions volcaniques anciennes et le travail patient de la mer.
La crique est entourée de parois abruptes, parfois striées de végétation. Les roches noires contrastent avec le bleu profond de l’océan et les couleurs plus vives des petites embarcations amarrées près du rivage. Par endroits, on aperçoit des cavités naturelles creusées dans la falaise. Elles rappellent que cette côte a longtemps été parcourue et habitée par des pêcheurs, bien avant que Madère ne devienne une destination de voyage.
Le Calhau da Lapa conserve une atmosphère étonnamment paisible. Même lorsque l’île est très fréquentée, le lieu donne l’impression de s’être mis à l’écart. Il y a le vent, les cris des oiseaux, l’odeur minérale des rochers mouillés et cette lumière particulière des côtes madériennes, qui change à chaque passage de nuage.
Comment accéder au Calhau da Lapa
L’accès se fait généralement depuis Campanário, par la route régionale qui longe la côte sud. Il faut ensuite suivre les indications vers le Caminho do Calhau da Lapa. Selon le point où vous vous garez, la descente s’effectue à pied par un chemin pavé et un long escalier taillé dans la pente.
La descente demande souvent entre quinze et trente minutes, selon votre rythme et les arrêts. Le nombre exact de marches peut varier selon l’itinéraire emprunté, mais une chose est certaine : le retour sera plus exigeant. À l’aller, on pense à la mer qui attend en bas. Au retour, on négocie chaque marche avec une dignité toute relative — surtout après une baignade et un déjeuner copieux.
Le chemin est praticable pour la plupart des voyageurs en bonne condition physique, mais il n’est pas adapté aux poussettes ni aux personnes ayant des difficultés importantes à marcher. Les marches peuvent être irrégulières, glissantes après la pluie ou couvertes de petits graviers. De bonnes chaussures sont vivement recommandées, même si vous prévoyez seulement de vous baigner.
- Prévoyez des chaussures fermées avec une semelle antidérapante.
- Évitez de descendre aux heures les plus chaudes : il y a peu d’ombre sur le parcours.
- Gardez de l’eau pour la remontée, surtout en été.
- Voyagez léger : chaque objet emporté devra aussi remonter les marches.
- Ne vous fiez pas uniquement aux photos : l’accès est plus physique qu’il n’y paraît.
Le stationnement peut être limité autour du point de départ. Il est préférable d’arriver tôt, particulièrement pendant les week-ends et les mois d’été. Garez-vous sans gêner les habitants et respectez les accès privés : à Madère, les routes peuvent rapidement devenir étroites, et une voiture mal placée suffit à bloquer le passage.
Un ancien village de pêcheurs au bord de l’Atlantique
Ce qui rend le Calhau da Lapa si singulier, ce n’est pas seulement son paysage. Le site conserve aussi les traces d’une vie maritime ancienne. De petites constructions en pierre, parfois directement intégrées à la falaise, servaient autrefois de refuges et de lieux de stockage pour les pêcheurs. Ces abris modestes racontent une époque où la mer n’était pas un décor, mais une présence quotidienne, généreuse et imprévisible.
En observant les murs, les portes et les niches creusées dans la roche, on imagine les habitants rejoignant la crique avec leurs filets, leurs paniers et leurs outils. La pêche côtière rythmait les journées. Les barques étaient tirées à terre ou maintenues dans les petites anses, à l’abri autant que possible des houles venues du large.
Le lieu garde quelque chose de cette mémoire. Il ne ressemble pas à un site touristique fabriqué pour être photographié. Les traces humaines s’y mêlent au relief naturel, comme si les générations précédentes avaient simplement appris à vivre avec la montagne et l’océan.
Que faire sur place ?
Se baigner dans les eaux de Madère
La baignade est l’une des principales raisons de descendre au Calhau da Lapa. Lorsque la mer est calme, l’eau est limpide et permet d’observer les fonds rocheux ainsi que quelques poissons. La température reste agréable une grande partie de l’année, même si l’Atlantique rappelle parfois, dès les premières secondes, qu’il n’est pas une piscine chauffée.
La crique n’est pas toujours surveillée. Il faut donc évaluer les conditions avant d’entrer dans l’eau. Une mer agitée peut rendre la sortie difficile, notamment près des rochers. Évitez de vous baigner seul, ne plongez pas depuis les falaises et restez attentif aux vagues qui peuvent arriver par surprise.
Les chaussures aquatiques peuvent être utiles pour marcher sur les galets et éviter les coupures. Elles ne remplacent toutefois pas la prudence : les rochers peuvent être glissants, et les oursins ne sont jamais très loin dans les eaux volcaniques de l’île.
Explorer les rochers et les petites cavités
Autour de la crique, les formations volcaniques offrent de nombreux détails à observer. Les couches de lave, les fissures et les petites grottes témoignent de l’histoire géologique mouvementée de Madère. Prenez le temps de regarder les parois plutôt que de chercher immédiatement le meilleur angle pour une photo.
Il est possible de longer certaines portions du rivage, mais il ne faut pas s’aventurer sur les rochers lorsque les vagues sont fortes. L’océan peut gagner plusieurs mètres en quelques instants. Les cavités naturelles ne sont pas toutes accessibles et certaines présentent un risque de chute de pierres. Ici, la règle est simple : si le chemin semble demander de l’escalade, mieux vaut faire demi-tour.
Profiter du calme
Le Calhau da Lapa est un endroit idéal pour ralentir. Installez-vous à l’écart, écoutez la mer et laissez le paysage faire son travail. À Madère, les plus beaux souvenirs ne viennent pas toujours d’une activité spectaculaire. Parfois, ils naissent d’une heure passée à regarder les nuages glisser sur les falaises.
Le matin, la lumière est souvent plus douce et la crique plus tranquille. En fin de journée, le soleil descend sur la côte et colore les parois de nuances cuivrées. Le site n’est pas forcément le meilleur point de l’île pour observer un coucher de soleil entièrement dégagé, mais l’ambiance devient particulièrement belle lorsque les dernières lueurs touchent les maisons de pêcheurs.
La meilleure période pour visiter le Calhau da Lapa
Grâce au climat doux de la côte sud, le Calhau da Lapa peut se découvrir toute l’année. Les mois de printemps et d’automne offrent souvent un bon équilibre entre températures agréables et fréquentation modérée. En été, les journées sont plus longues et la baignade très tentante, mais le soleil rend la montée plus éprouvante.
L’hiver madérien reste généralement clément, mais les épisodes pluvieux peuvent rendre les marches glissantes. La houle est également plus difficile à prévoir. Consultez la météo marine avant de partir et renoncez à la baignade si les conditions sont mauvaises. Une crique vide est préférable à une aventure qui tourne mal.
La matinée est le moment le plus confortable pour descendre. Vous évitez la chaleur, vous profitez d’une lumière agréable et vous avez davantage de chances de trouver une place de stationnement. Si vous venez en voiture de location, prévoyez un peu de temps : les routes de la côte sud sont magnifiques, mais rarement aussi rapides qu’elles en ont l’air sur une carte.
Que prendre dans son sac ?
- De l’eau en quantité suffisante pour l’aller, la baignade et le retour.
- Un chapeau, de la crème solaire et une serviette légère.
- Des chaussures adaptées aux marches et aux galets.
- Un maillot de bain et un vêtement sec pour la remontée.
- Un petit pique-nique, en évitant les emballages superflus.
- Un sac pour rapporter ses déchets.
- Un téléphone chargé, même si le réseau peut être irrégulier au pied des falaises.
Il n’y a pas toujours de commerces ou de services disponibles directement sur le site. Ne comptez donc pas acheter de l’eau ou un encas une fois arrivé. Préparez votre visite avant la descente, comme le faisaient autrefois les pêcheurs qui ne pouvaient pas remonter chercher ce qu’ils avaient oublié.
Respecter un lieu fragile
Le Calhau da Lapa est un espace naturel et culturel fragile. Les anciennes constructions, les parois et les écosystèmes marins méritent la même attention. Ne grimpez pas sur les murs anciens, ne déplacez pas les pierres et ne prélevez ni coquillages ni fragments de roche.
Le silence du lieu fait partie de son charme. Évitez la musique diffusée sur haut-parleur et laissez les autres visiteurs profiter du bruit de l’océan. Les déchets doivent impérativement être remontés. Même un simple mouchoir ou un emballage léger peut être emporté par le vent vers la mer.
Si vous voyagez avec un chien, vérifiez les règles locales et gardez-le sous contrôle près des falaises et de l’eau. Quant aux drones, ils peuvent perturber les oiseaux et déranger les habitants : leur usage doit rester discret et conforme à la réglementation portugaise.
Associer la visite à une découverte de Ribeira Brava
Le Calhau da Lapa se visite facilement dans le cadre d’une journée consacrée à la côte sud-ouest de Madère. Après la remontée, faites une halte à Ribeira Brava pour boire un café, manger une pâtisserie ou simplement observer la vie locale autour du front de mer.
La commune offre un visage plus quotidien de l’île, entre maisons blanches, plantations en terrasses et reliefs abrupts. Vous pouvez aussi poursuivre vers Ponta do Sol, connue pour sa lumière généreuse, ou vers Madalena do Mar et ses bananeraies. La route entre ces villages rappelle combien Madère est une île de contrastes : en quelques kilomètres, on passe de la falaise sauvage à une terrasse fleurie, puis à un village accroché au bord de l’eau.
Pour déjeuner, goûtez aux spécialités simples de la côte : poisson grillé, lapas — les patelles, souvent servies avec de l’ail, du beurre et du citron —, bolo do caco ou espetada. Après les marches du Calhau da Lapa, ces saveurs ont une intensité particulière. Le pain chaud semble meilleur, le citron plus vif et le café presque nécessaire.
Un lieu à découvrir avec patience
Le Calhau da Lapa n’est pas une plage facile d’accès ni un site où l’on vient cocher une case sur un itinéraire. Il demande un peu d’effort, quelques précautions et l’envie de prendre son temps. C’est précisément ce qui fait son charme.
En descendant vers la crique, on quitte peu à peu le bruit des routes. En remontant, on emporte avec soi le souvenir d’une eau sombre et transparente, d’une vieille maison de pierre, d’un rayon de soleil sur les falaises. À Madère, certains paysages ne cherchent pas à impressionner. Ils restent là, silencieux, jusqu’à ce que l’on soit suffisamment attentif pour les entendre.
